Marcel Jousse

chercheur, anthropologue, pédagogue

Une sémiologie sans signe : Marcel Jousse et la linguistique de son temps

Pierre-Yves Testenoire est chercheur en sciences du langage à l’Université de la Sorbonne. Il s’est intéressé à l’œuvre de Marcel Jousse à la suite de ses recherches en histoire de la linguistique sur Antoine Meillet.

Il a publié un article sur Marcel Jousse dans un ouvrage collectif publié en 2019, et ce texte est désormais accessible sur le site des Archives ouvertes HAL.

Le grand mérite de cet article est de resituer le positionnement de Jousse en tant que chercheur vis-à-vis du champ des recherches en linguistique de son époque.
L’anthropologie linguistique de Marcel Jousse (1886-1961) se situe à la confluence de trois disciplines : la psychologie, l’ethnologie et la linguistique. Cet éclectisme disciplinaire est ce qui fait l’originalité de son projet scientifique : elle est typique d’un autodidacte, libéré des contraintes académiques par son statut de jésuite.

Pierre-Yves Testenoire a pu collecter de nombreuses citations dispersées à travers les transcriptions des cours de Jousse. Dans son enseignement, il faisait volontiers référence à d’autres chercheurs de son temps, pour les mettre en perspective avec son propre travail, ou pour exprimer sa reconnaissance à ceux qui l’ont influencé, mais aussi pour s’appuyer sur leur autorité afin de donner plus de crédit à ses thèses.

Au sein du paysage plus large des sciences du langage, on voit ainsi Jousse payant le prix de sa liberté académique par un fort isolement. Pierre-Yves Testenoire mentionne ainsi des courants de recherche contemporains que Jousse semble avoir ignoré et qui réciproquement n’ont pas connu ou reconnu son travail. Et d’autres auquel Jousse fait référence auprès de son auditoire, sans pour autant s’inscrire à leur suite sur le plan théorique, motivé par la recherche d’une reconnaissance en tant que chercheur, qui ne lui est pas acquise du fait de son statut hors-université.

On comprend que son projet scientifique, très personnel dans sa genèse, et développé de façon indépendante, garde aujourd’hui encore un caractère singulier, et donc difficile d’approche pour qui y cherche des cadres de référence connus dans les disciplines académiques : ses concepts, méthodes, et même modes de communication scientifique sont déroutants.

On peut faire l’hypothèse que Jousse tente le dialogue avec les chercheurs de son temps, mais en se situant en dehors de leur monde, un peu comme le ferait un ethnologue en mission. Il est en effet resté à Paris un indigène de la campagne sarthoise, partagé entre d’une part une impérieuse fidélité à lui-même, c’est-à-dire au milieu dont il est issu, et d’autre part sa vocation à faire connaître et comprendre dans le milieu intellectuel urbain la richesse du “paysannisme”. Ce concept, forgé à la manière d’un penseur anti-colonial comme Aimé Césaire l’a fait pour la “négritude”, entend ouvrir les yeux aux citadins alphabétisés à qui il s’adresse, au sujet des ressources insoupçonnées d’intelligence et de savoirs qui existent en dehors de leurs livres et de leurs écoles.

On peut ainsi mieux saisir la perspective de Jousse en (re)lisant ce qu’écrit à son sujet un des grands auteurs du mouvement de la négritude, Leopold Sedar Senghor, dans une lettre de 1968, alors qu’il accepte, à la création de la “Fondation Marcel Jousse”, de rejoindre son comité de parrainage (où l’on trouve fort peu d’universitaires) :

Je me suis toujours intéressé à Marcel Jousse que j’ai connu. Il m’a appris à aller à la racine des ethnies et partant, des hommes, à creuser jusqu’aux plus profondes couches géologiques de l’homme pour capter la source à son premier jaillissement…
Comme vous le savez, l’Anthropologie revêt de nos jours une importance particulière, singulièrement dans les pays en voie de développement. En effet, il y a là un riche champ d’expérience et de vastes perspectives de recherche en direction de la pensée de l’homme et de ses diverses formes d’expression…
Ceci pose, bien sûr, tout le problème de la Négritude dont le mode de pensée est la saisie du réel et du concret à travers l’image symbole et l’analogie.
A l’ère de l’atome et des vols spatiaux, les formes de pensée, particulièrement celles de l’Europe, sont en pleine crise. Cela, parce que le progrès de la technologie ne permet plus la sclérose et le vieillissement, mais pousse l’homme à faire resurgir du tréfonds de sa civilisation présente la source primordiale de vie et de mouvement.
Ce style nouveau inaugure l’avènement de la civilisation de l’universel qui sera l’apport commun de toutes les valeurs de cultures, sans distinction de race et de croyance.

Thomas Marshall

Appel à contribution pour la revue Studia Anthropologica

Gabriel Bourdin, Professeur à l’UNAM (Université Nationale Autonome du Mexique), invite les chercheurs en lien avec l’Association Marcel Jousse à proposer un article pour la publication l’an prochain d’un dossier spécial sur l’Anthropologie du Mimisme de Marcel Jousse.

Le but est de faire connaître cette voie de recherche au Mexique, qui est considérée comme une avancée.

Il s’agit d’une revue scientifique sous forme électronique, dont le premier numéro sera publié en 2020.

Les contributions doivent être envoyés avant le 1er mai 2020.

Pour en savoir plus, consulter le document pdf :

Au programme des rencontres de novembre 2019

Pour annoncer votre participation samedi et/ou dimanche ainsi que vous inscrire pour les repas, merci d’écrire à Elisabeth d’Eudeville : elisabeth.deudeville (arobase) gmail.com

Samedi 9 novembre

Conférence sur la didactique des langues : “Engager le corps dans des actes vivants de compréhension de pédagogies (post)-joussienne à l’Université, en sciences et en humanités”

De 10h à 12h, par Jean Rémi Lapaire, Professeur du Department of English Studies, Université Bordeaux Montaigne.

Repas

12h 15 : Déjeuner froid, sur place, sur inscription préalable

Atelier : “Demeurez dans le geste !”

De 14h à 17h30, par Pierre Février, ingénieur (Michelin, Clermont-Ferrand). Cet atelier fait suite à celui proposé l’an dernier sur le thème : “Le changement humain, un geste après l’autre

Nous travaillerons ensemble sur :

– le geste du lâcher prise, de la douceur et du relâchement

– le geste d’ancrage

– le geste de la légèreté et de l’état de joie

– le geste pour développer sa présence

– le geste de l’acceptation, le geste du pardon

– le geste de la parole impeccable


Dimanche 10 novembre

Assemblée générale

De 10h à 11h30 : Vote du rapport moral et du rapport financier.

Conférence : “Jousse et Jean Epstein: anthropologie du mimisme et philosophie du cinéma

De 11h30 à 12h30, par Gabriel Bourdin, Professeur d’anthropologie à l’Université autonome du Mexique.

Repas

12h45 : Déjeuner froid, sur place, sur inscription préalable

Échanges autour des travaux des membres de l’association

De 14h à 17h


A propos des intervenants

Pierre Février

J’ai un diplôme d’ingénieur et un doctorat dans la spécialité dynamique des fluides. Après un post-doctorat aux États-Unis, j’ai rejoint le groupe Michelin en Recherche et Développement. J’ai travaillé pendant 9 ans dans le domaine de la recherche sur les problématiques d’adhérences, de sécurité routière et de comportement des véhicules, en tant que chercheur puis manager d’équipe. Puis j’ai été chef projet et manager pendant 7 ans dans la conception des pneumatiques tourisme. Depuis 2018, je travaille dans le service ressources humaines. En parallèle, j’ai une pratique régulière du théâtre en tant qu’amateur dans une troupe depuis 15 ans.

Conférences : L’anthropologie du geste au Mexique

[:fr]

Gabriel Bourdin, Anthropologue de l’Institut de recherches anthropologiques, à l’Université Nationale autonome de Mexico, est présent actuellement à Paris et va donner une série de conférences.

Attention : les dates ont été modifiées.

Dans le cadre de la Chaire Miguel Alemàn Valdès de la Sorbonne, Université Paris IV

Première conférence, mardi 7/05 de 17h à 19h : Anthropologie du corps chez les Mayas. Une étude anthropologique basée sur l’anthropologie du mimisme et du geste de Marcel Jousse en relation avec la tradition culturel mésoaméricaine (en espagnol).

Lieu : 15 rue de l’école de médecine, escalier B, 4e étage – métro Odéon

Seconde conférence, jeudi 09/05 de 14h30 à 16h30 : Les émotions dans la langue maya du Yucatan durant la période coloniale et la période contemporaine. Cette conférence (en espagnol) est destinée à étudier les relations entre le langage, le le corps, le mental et la société. La sémantique cognitive sera utilisée, ainsi que l’anthropologie du geste triphasé de Jousse.

Lieu : département des études ibériques, 31 rue Gay Lussac – métro Luxembourg

A l’initiative de l’Association Marcel Jousse

Mardi 14/05 de 19h30-21h30 : Il fera une présentation de ses prochaines publications et partagera sa perception de l’actualité de la pensée de Jousse, notamment dans le domaine de l’éducation et du dialogue entre les religions.

Lieu : 92 bis Bd du Montparnasse – 75014 Paris

Publications de Gabriel Bourdin à venir

La jungla antropológica. Una introducciòn a la antropología del gesto de Marcel Jousse

El estilo oral rítmico y mnemotécnico de los verbo-motores. Traduction en espagnol de l’œuvre de Marcel Jousse (1925), précédée d’un essai introductif.

[:]

Des vidéos de cours en espagnol sur l’anthropologie de Jousse

Gabriel Bourdin, professeur d’anthropologie à l’UNAM (Mexique), présente sur une nouvelle chaîne You Tube les cours qu’il a donné en 2018 à propos de la pensée de Jousse.

Le premier cours :

Les cours suivants :

16 de febrero 2018 / 23 de febrero 20182 de marzo 2018 / 16 de marzo 2018 / 6 de abril 20184 de mayo 2018 / 11 de mayo 2018 / 31 de agosto 2018

Un séjour en France du Pr Bourdin est en projet pour 2019.

Les arts vivants de la transformation # 1 : à Paris du 16/10 au 5/11 2018

Muriel Roland s’est jointe à Fabrice Nicot, un chercheur croisant lui aussi théâtre et anthropologie (Paris 8 / université d’Haïti), pour mettre en œuvre un projet de recherches interculturelles et de création, pendant 2 ans, autour du thème des “arts vivants de la transformation”.

L’Association Marcel Jousse est partenaire de ce projet, soutenu par plusieurs institutions dont la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord.

Pour en savoir plus sur le projet

Une première série d’activités publiques a lieu à Paris, avec des chercheurs et des représentants des communautés du vaudou haïtien, invités par Fabrice Nicot.

Au delà des clichés, qu’est-ce que le vaudou ?

Un témoignage de Muriel Roland

Programme des activités au théâtre Le Vent se Lève

Le vaudou : une culture animiste souvent réduite à des caricatures

Voici quelques extraits intéressants de l’article publié sur Wikipédia :

Le vaudou désigne donc l’ensemble des dieux ou des forces invisibles dont les hommes essaient de se concilier la puissance ou la bienveillance. Il est l’affirmation d’un monde surnaturel, mais aussi l’ensemble des procédures permettant d’entrer en relation avec celui-ci.

“Le vaudou peut être décrit comme une culture, un héritage, une philosophie, un art, des danses, un langage, un art de la médecine, un style de musique, une justice, un pouvoir, une tradition orale et des rites.”

La pratique de leur religion et culture était interdite par les colons, passible de mort ou d’emprisonnement, et se pratiquait par conséquent en secret. Le vaudou a cependant intégré les rites et conceptions catholiques, le rendant ainsi acceptable. Ainsi est né le « vaudou chrétien ». Dans les années 1950, le Vatican a fait la paix avec le culte vaudou.

“Le vaudou vient d’Afrique de l’Ouest, mais on pratique aussi un vaudou partout où des esclaves africains ont été déportés. (…) À l’image des langues créoles parlées par les descendants d’esclaves à travers le monde, les vaudous des « nouveaux mondes » sont des mélanges entre différentes religions d’origines africaines (vaudou ou pas) et celles des sociétés esclavagistes.

La brutalité subie par les esclaves pour créer un climat constant « d’état de choc » chez les captifs est sans doute à l’origine de cette utilisation souvent de « terreur » et de vengeance du vaudou que l’on retrouve chez les pratiquants descendants d’esclaves, qui utilisèrent cette religion en réponse à des actes d’une cruauté difficilement concevable, commis par leurs maîtres européens.

Une stratégie de « terreur par le vaudou » utilisée contre les oppresseurs et transmise ensuite de génération en génération notamment chez les colons blancs, terreurs qui se sont finalement retrouvées dans les scénarios de films des studios hollywoodiens par exemple qui ont largement diffusé à grande échelle cette image négative et guerrière du vaudou.

Témoignage de Muriel Roland (21/10/2018)

Après rencontre et travail avec les prêtresses vaudou et le tambourineur, je dois dire qu’on pourrait rajouter :

– Un énorme répertoire oral de chansons, récits, en plusieurs langues : créoles, mais aussi fons, yoruba – langues africaines qui perdurent dans le Vaudou

– Un énorme travail sur la mémoire et sa transformation

– Une énorme connaissance thérapeutique, quasi psychanalytique, à l’aide du chant, d’une sorte de “dramathérapie”, de plantes, etc.

– Un énorme AMOUR et une COMPASSION incroyable, dont on se sent baignés lors du travail avec ces personnes. Les communautés vaudous sont d’ailleurs des familles, pas de sang, mais l’initiatrice est appelé Maman.

– Un travail sur le geste incarné qui va très loin, qui porte une connaissance du corps incroyablement savante, et qui rejoint beaucoup le travail sur les récitatifs, mais fait avec une admirable présence, un corps très bien placé. Des corps qui gestent et oralisent du matin au soir, comme ils respirent…

Enfin, c’est magnifique, c’est sublime, je suis conquise… Tout est geste dans cet art et cet art de vivre !”

Les arts vivants de la « transformation » dans le monde

Un patrimoine culturel immatériel  à préserver
Afrique, Amérique Latine, Caraïbes, Inde, Chine, Europe…

L’Association Marcel Jousse est l’un des partenaires de ce projet de recherches et de création. En effet, pour Edgard Sienaert, la “transformation” est un thème central de l’anthropologie dynamique développée par Jousse. Et les traditions de “style global – oral” encore vivantes dans le monde peuvent être une importante source d’inspiration pour nous autres Occidentaux de “style écrit”, culturellement dissociés entre ‘corps’ et ‘esprit’.

Résumé du projet

Ce projet s’intéresse aux arts vivants de la « transformation » selon l’expression employée par Dariusz Kociński, le théoricien de l’actuel Institut Grotowski de Wroclaw (Pologne), pour désigner un processus artistique visant moins l’effet produit sur le spectateur que la « transformation » de l’artiste durant son action.
Ce projet interroge par des enquêtes de terrain de plusieurs mois, voir de plusieurs années, selon la méthode de l’observateur participant, les traditions des arts vivants de la ‘Transformation’ du vaudou (Haïti et Bénin), des chants védiques (Inde) et de certains arts vivants chrétiens (Europe, Éthiopie).

Il est une continuation du programme ‘Sources et transformation‘ de l’Académie des Arts sacrés Andreï Tarkovski (parrainé par le fils du réalisateur russe), fondée et dirigée en 2014 puis 2015 par Fabrice Nicot à l’abbaye de Pontigny, ayant regroupé plusieurs centaines d’artistes et de chercheurs.

Il questionne les traditions, en tant que processus de transmission à travers des ateliers créatifs menés avec et par les communautés dans l’optique de créer des programmes endogènes de préservation, transmission et réactualisation des patrimoines intangibles des arts vivants de la ‘transformation’.

Il s’agit d’un projet collectif, fondé sur un réseau d’artistes et de chercheurs internationaux des arts de la transformation (Haïti, Amérique Latine, Inde, Afrique, Europe, etc.) qui a déjà fidélisé plusieurs institutions et mécènes (fondations, SCAC des ambassades de France, Instituts Français, Alliances françaises, UNESCO, Universités, sponsors et mécènes divers…)

Calendrier global

La première année de ce projet (2018-2019) est consacrée aux arts vivants de la ‘transformation’ du vaudou Haïtien.

Ces arts suscitent depuis longtemps l’intérêt des metteurs en scène et pédagogues de théâtre, en premier lieu Grotowski et ses héritiers. Cette tradition reste cependant très décriée dans son propre pays et n’intéresse souvent les artistes haïtiens qu’à travers des formes spectaculaires facilement commercialisables (folklore, concerts, pastiches de ‘rituels’ pour touristes). Souvent utilisé et détourné de son sens, la tradition des arts vivants du vaudou dépérit progressivement et les communautés peinent à faire entendre leurs voix.

L’année 2019-2020 sera consacrée à un élargissement de la recherche sur les arts vivants de la ‘transformation’ notamment à travers les chants védiques, l’Énergétique de tradition chinoise appliquée à la formation de l’acteur, ainsi qu’à un programme de revivification des arts de la ‘transformation’ en Europe (chants grégoriens, théâtre…).

L’équipe scientifique

Fabrice Nicot (France) : Responsable du projet. Doctorant et chargé de cours à l’université de Paris 8 (recherche théâtrale) et à l’Université d’État d’Haïti (anthropologie). Chercheur, enseignant, metteur en scène, comédien, critique d’art et producteur d’événements culturels.

Muriel Roland : Co responsable du projet. Doctorante en étude théâtrale et  chargée de cours à l’Université Paris 8, diplômée de l’École internationale de Mimodrame Marcel Marceau de Paris.

Georges Banu : Professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, il est l’auteur de nombreux essais fondamentaux sur le théâtre.

Leszek Kolankiewicz : Professeur au Département de théâtre et de spectacles de l’Institut de culture polonaise de l’ Université de Varsovie

Jérôme Alexandre : Docteur en Lettres classiques (Paris X, sous la direction d’Yves-Marie Duval) et docteur en théologie de l’Institut catholique de Paris.

Thibault Honoré : Maître de conférences en Arts Plastiques (Université de Bretagne Occidentale)

Jean-François Favreau : Avec l’Institut Grotowski, il mène des études sur le chant de tradition orale, notamment en Corse, Sardaigne, Sicile, Arménie, Ukraine… et dirige un ensemble de dramaturgie-sonore à partir des chants des îles méditerranéennes, In medias res.

Sergeï Kovalevich (Russie) : Fondateur et directeur artistique du Théâtre Observatoire International. Chercheur en anthropologie théâtrale et réalisateur de documentaires anthropologiques.

Lina do Carmo : Chorégraphe, danseuse-mime, chercheuse. Docteure en Arts de scènes de l’Université de Bourgogne Franche-Comté.

Mercedes Chanquia Aguirre : Pianiste diplômée du Conservatoire National de Musique de Buenos Aires, danseuse, chorégraphe, comédienne et metteuse en scène.

Miléna Kartowski-Aïach : Chanteuse, auteure et metteure en scène. Elle a fondé la compagnie les Haïm, qui développe depuis plusieurs années des créations de théâtre anthropologique. Doctorante en anthropologie à l’université d’Aix-Marseille.

Publication d’un nouveau recueil de textes de Jousse en anglais

Memory, Memorization and Memorizer. The Galilean Oral-Style Tradition and Its Traditionists

est édité par Cascade Books (Eugene, Oregon, USA) dans la collection Biblical Performance Criticism.

Il s’agit d’une sélection de textes du Professeur Marcel Jousse composée, traduite et commentée par Edgard Sienaert.

L’ouvrage est préfacé par Werner H. Kelber, professeur honoraire en études du Nouveau Testament à Rice University (Texas, USA).

Traduction du titre : « Mémoire,  mémorisation, et mémoriseurs – La tradition galiléenne de Style oral et ses traditionneurs »

Extraits de la 4ème de couverture

« Cet ouvrage traite de la parole orale. Il traite des paroles prononcées au 1er siècle de notre ère, et mises par écrit beaucoup plus tard, dans des textes qui ne faisaient que confirmer ce qui avait été dit et fait. »

« Dans ses travaux, Jousse répond en fait à la question fondamentale qu’il se pose à lui-même :

Comment l’être humain a t-il réussi, au milieu de tout ce qui a agité l’univers pendant des centaines et des centaines d’années, à conserver la mémoire précise de mots et de gestes transmis fidèlement de génération en génération, comme s’ils avaient été enregistrés ?

Dans toutes les sociétés de tradition orale, la tradition c’est la mémoire.

Ceci est encore plus vrai s’agissant de la Galilée ancienne car elle a réussi à mettre au point un procédé de mémorisation jamais égalé depuis.

L’ouvrage d’Edgard Sienaert apporte un éclairage précis sur la manière dont les paroles et les gestes de Iéshoua ont été “enregistrés” si parfaitement dans les mémoires, tant à l’intérieur de la Palestine qu’à l’extérieur jusqu’à finalement parvenir jusqu’à nous qui pouvons ainsi nous nourrir d’une “tradition orale parfaitement transcrite par écrit ».

L’acheter

L’association dispose de plusieurs exemplaires de cet ouvrage, mis en vente lors de la rencontre du 11 novembre 2018.

Retrouver le contenu original en français

Memory, memorization and memorizers” contient, en trois parties:

  • Les Dernières dictées

Il s’agit de notes prises sous la dictée de Jousse par Gabriel Baron, peu avant sa mort. Ce texte a été édité par l’Association Marcel Jousse suite au travail d’Edgard Sienaert à partir de ces manuscrits.

  • Quatre cours donnés à l’école des Hautes-Études :

La psychologie du milieu ethnique palestinien: Notes sur la transmission orale formulaire. (HE 14/11/1933)

Les sunergoi-targoumistes accompagnateurs de Shaoul. (HE 23/02/1937)

L’envoi par écrit des catéchismes de Shaoul. (HE 02/03/1937)

Le mashal palestinien de l’olivier sauvage. (HE 25/05/1937)

Judâhen, Judéen, Judaïste dans le milieu ethnique palestinien. Paris : Geuthner, 1946.

Père, Fils et Paraclet dans le milieu ethnique palestinien. Paris : Geuthner, 1941.

La manducation de la leçon dans le milieu ethnique palestinien. Paris : Geuthner, 1950.

Les formules targoumiques du “Pater” dans le milieu ethnique palestinien. Paris : Geuthner, 1944.

11 novembre 2018 : Rencontre annuelle de l’Association

Dimanche 11 novembre / 92 bis Bd du Montparnasse – 75014 Paris

Au programme

– de 9h30 à 12h30 : Assemblée Générale

Le Bureau propose d’exprimer notre gratitude à des membres ayant contribué pendant de longues années à la vie de l’association en leur accordant la qualité de “membre d’honneur” prévue par les statuts.

Après la présentation et le vote des rapports annuels, nous partagerons sur les perspectives d’action future à travers :

  • la mise en place d’une organisation plus participative pour les membres,
  • et le renouvellement des membres du Bureau pour un mandat de 3 ans.

Une diversité des talents est nécessaire pour faire avancer l’association. Dans le respect des limites de chacun(e), collaborons les uns avec les autres, alors beaucoup de choses deviendront possibles…

Par exemple :

  • créer des outils de vulgarisation de l’anthropologie de Jousse pour des publics particuliers, par exemple les parents ;
  • lancer et animer un réseau social privé pour favoriser les liens entre les membres de l’association tout au long de l’année, par delà les distances ;
  • créer et alimenter un carnet des recherches contemporaines en anthropologie du geste et du rythme sur la plateforme Hypothèses

Écrivez-nous si vous souhaitez plus d’informations et pourquoi pas proposer votre contribution !

Envie de participer ?

– Repas

Sur inscription préalable, il sera possible d’avoir un repas sur place, pour 10 € par personne. Pour vous inscrire, merci de contacter Élisabeth d’Eudeville

  • par mèl : elisabeth.deudeville*[arobase]*gmail.com
  • ou par courrier, avec votre chèque à l’ordre de l’Association Marcel Jousse : E. d’Eudeville, 108 avenue Denfert-Rochereau, 75014 Paris

Il est aussi possible d’apporter son pique-nique ou encore d’aller manger dans le quartier.

– de 14h à 17h30 : Forum

En quoi la pensée de Jousse nous est-elle nécessaire aujourd’hui ?

Le monde a bien changé depuis 50 ans, lors de la création par Gabrielle Baron de l’association. Pour le Bureau de l’association, la pensée de Jousse n’est pas à conserver dans un musée pour le plaisir de quelques amateurs. Mais qu’avons-nous à dire à nos contemporains sur ce que cette pensée peut leur apporter en réponse aux défis de la vie actuelle ? Nous souhaitons centrer les échanges autour de ce questionnement important pour faire émerger une vision d’avenir commune. Des temps en petit groupe favoriseront l’expression de tous.

La méthode : inspirons-nous des pratiques de “classe inversée”.
L’idée est de profiter du temps ensemble pour dialoguer et se rencontrer, plutôt que d’écouter simplement quelques personnes parler (et d’en oublier 90 %…). Par conséquent, les personnes qui souhaitent avoir le temps pour transmettre leurs richesses sous une forme “professorale” sont invitées :

  • soit à écrire un texte qui sera diffusé aux participants avant / après la rencontre, et à se rendre disponible pour un temps de discussion ouverte sur le sujet ;
  • soit à prendre contact avec Thomas pour une interview audio ou vidéo, à distance. Ce contenu pourra, au choix, être rendu accessible publiquement (You Tube) ou bien avec un accès réservé pour les membres et sympathisants de l’association.

Une première vidéo sur You Tube

Une contribution de Pierre Perrier à propos de l’actualité de la pensée de Jousse dans le contexte de l’anthropologie ; de l’histoire culturelle et religieuse ; de la pédagogie (14 pages).

Et deux textes de Clara-Elisabeth Vasseur :

 

Qu’est-ce que le propre de l’Homme ?

Il a suffi d’orienter nos recherches vers la grande loi congénitale du mimisme pour qu’on s’aperçoive combien le mimisme humain est la faculté primordiale de l’homme. Ce n’est donc pas le langage – geste de la langue – qu’il va falloir étudier d’abord et dont il va falloir montrer la genèse, mais c’est le mimisme humain.

Pourquoi parlons-nous ? Je dirais que c’est normal, car lorsque nous redescendons au plus profond, nous voyons que nous mimons toutes choses, et que le langage oral n’est que le geste appauvri de la gesticulation globale.

Mais plus profonde question et non résolue encore est la suivante :
pourquoi l’enfant mime-t-il tout ? Pourquoi joue-t-il à tout ? Pourquoi a-t-il tant de mal à devenir le petit être empaillé que nous voulons faire de lui ? Pourquoi a-t-il trop et tant de mal, – et que même beaucoup ne peuvent pas y arriver, – à s’ajuster à ces algébrisations que nous lui imposons ? Pourquoi allons-nous trouver le geste qui toujours et partout reparaît ? Pourquoi les liturgies, pourquoi les traditions ? Pourquoi toutes ces fêtes où le geste joue le plus grand rôle ? Pourquoi les drapeaux ? Pourquoi ces décorations avec l’épée qui vient se poser sur l’épaule ? Pourquoi tous ces gestes sociaux ? Pourquoi cette politesse ? Pourquoi ces saluts ? Pourquoi enfin d’un bout du monde à l’autre le geste apparaît-il comme moyen d’intercommunication ?

C’est là le vrai problème et je n’ai pas eu la naïve prétention, l’an dernier, de vous le résoudre, mais vous voyez que c’est là, la grande loi humaine. « L’homme est le plus mimeur de tous les animaux. » Voilà le problème. Aristote l’avait déjà proposé et il faudra un jour que quelqu’un le résolve. Nous n’avons pu jusqu’ici en connaître la raison.

Extrait du cours du Professeur Marcel Jousse à l’École d’Anthropologie, le 6 novembre 1933.

Cet extrait est repris et commenté par Edgard Sienaert dans l’article « Le geste doit précéder la parole. De l’anthropologie du mimisme de Marcel Jousse » qu’il a publié dans la revue Degrés, n°171-172, automne-hiver 2017, Bruxelles.

Cet article est issu de l’intervention qui est visible en vidéo via cette page.

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